Financement de la formation à Mayotte : les enseignements de l’atelier participatif du 16 juillet 2026
Le 16 juillet 2026, le GIP CARIF OREF Mayotte a réuni les acteurs de la formation professionnelle autour d’un atelier participatif consacré à la cartographie des financements de la formation à Mayotte.
Cette matinée de travail avait pour objectif de mieux comprendre l’écosystème des financeurs, d’identifier les dispositifs accessibles aux organismes de formation et de faire émerger des pistes concrètes pour accompagner leur développement.
Au-delà de la présentation des différents dispositifs, l’atelier a permis aux participants de partager leurs pratiques, leurs difficultés et leurs besoins en matière de professionnalisation. Les échanges alimenteront une ressource évolutive destinée à mieux faire connaître les financements et les outils mobilisables sur le territoire.
Mieux comprendre l’écosystème des financements
Le financement d’une action de formation dépend de plusieurs éléments : le public concerné, le statut des bénéficiaires, les objectifs du projet, les partenaires mobilisés et le dispositif sollicité.
L’atelier a donc permis d’explorer plusieurs composantes complémentaires :
- les financeurs nationaux, européens et territoriaux ;
- les principaux dispositifs de prise en charge ;
- les différentes catégories de bénéficiaires ;
- les plateformes numériques utilisées pour référencer, administrer ou financer les formations.
Cette approche a rappelé qu’un financement ne peut pas être recherché indépendamment du projet de l’organisme. Il doit correspondre à une offre clairement définie, à un public identifié et à un besoin réel du territoire.
Des financements encore concentrés autour de quelques acteurs
Les échanges ont montré que les organismes de formation présents mobilisent principalement les dispositifs proposés par AKTO, France Travail et le Conseil départemental de Mayotte.
Cette concentration peut toutefois créer une dépendance à un nombre limité de financeurs. Plusieurs dispositifs restent encore insuffisamment mobilisés, parmi lesquels :
- le Compte personnel de formation ;
- les dispositifs de Transition Pro ;
- le Fonds social européen Plus ;
- Erasmus+ ;
- les appels à projets nationaux et territoriaux ;
- certains marchés publics de formation.
Les participants ont ainsi exprimé leur volonté de diversifier progressivement leurs ressources et de mieux comprendre les conditions d’accès aux différents dispositifs.
L’ingénierie de projet, un besoin prioritaire
L’une des principales difficultés évoquées concerne le manque de compétences en ingénierie de projet au sein de certaines structures.
Répondre à un appel à projets nécessite en effet de savoir analyser un cahier des charges, construire un budget, définir des objectifs mesurables, organiser des partenariats et préparer les pièces administratives attendues.
Dans certaines structures, ces compétences reposent sur une seule personne. D’autres ne disposent pas encore des ressources humaines nécessaires pour préparer des candidatures suffisamment structurées.
Le renforcement de l’ingénierie de projet apparaît donc comme une priorité pour aider les organismes à répondre davantage aux appels à projets et à sécuriser leurs demandes de financement.
Identifier le public avant de rechercher un financement
L’un des enseignements essentiels de l’atelier est que chaque financement commence par une identification précise du public visé.
Les dispositifs ne répondent pas tous aux mêmes besoins. Ils peuvent concerner, selon les cas :
- les demandeurs d’emploi ;
- les salariés ;
- les jeunes ;
- les personnes en reconversion ;
- les publics rencontrant des difficultés d’insertion ;
- les agents des collectivités territoriales ;
- les apprentis ;
- les entreprises.
Le choix du public influence directement le contenu de la formation, les partenaires à solliciter et les financements mobilisables.
Cette nécessité a notamment été rappelée concernant les formations à l’intelligence artificielle. Une initiation aux outils destinée à des professionnels ne répond pas aux mêmes besoins qu’une formation technique consacrée au développement, au codage ou à la conception de solutions numériques.
Les partenariats comme portes d’entrée vers de nouvelles opportunités
Les organismes de formation disposent déjà de relations avec des entreprises, des acteurs de l’emploi, des collectivités, des OPCO ou des partenaires institutionnels.
L’atelier a montré que le développement de nouveaux financements ne passe pas nécessairement par la recherche de nouveaux interlocuteurs. Il peut aussi reposer sur une meilleure mobilisation des partenariats existants.
Plusieurs pistes ont été identifiées :
- renforcer les échanges avec les partenaires historiques ;
- mieux connaître les dispositifs qu’ils proposent ;
- participer aux réunions d’information des financeurs ;
- construire des projets répondant à des besoins de recrutement ;
- organiser une veille sur les appels à projets.
Pour les projets de préparation opérationnelle à l’emploi individuelle, les participants ont notamment été sensibilisés à l’importance de constituer un dossier complet et d’associer une entreprise ayant identifié un besoin de recrutement.
Des difficultés de recrutement également signalées
Les échanges ont aussi fait apparaître des difficultés dans le recrutement de chargés de formation et de formateurs qualifiés.
Plusieurs structures peinent à trouver localement des profils disposant à la fois d’une expertise métier, de compétences pédagogiques et d’une bonne connaissance de la réglementation de la formation professionnelle.
Une réflexion pourrait être engagée autour de la structuration des filières, de la professionnalisation des équipes et de la mise en relation avec des professionnels susceptibles d’intervenir ponctuellement comme formateurs.
Pour mieux identifier les besoins internes des structures, il a également été proposé d’intégrer aux prochains questionnaires une question sur les sujets de formation susceptibles d’intéresser leurs salariés.
Les outils numériques, véritables portes d’entrée des financements
La maîtrise des plateformes numériques constitue désormais une compétence indispensable pour les organismes de formation.
Ces outils permettent notamment de déclarer son activité, référencer ses offres, gérer les sessions, déposer des demandes de prise en charge, répondre à des appels d’offres ou transmettre des factures.
Parmi les plateformes présentées pendant l’atelier figurent notamment :
- EFP Connect, qui donne accès à plusieurs services numériques du ministère du Travail ;
- Formanoo – Mayotte Formation, pour référencer les offres de formation ;
- Kairos et Mon Portail Pro, pour les dispositifs liés à France Travail ;
- EDOF, pour publier les formations éligibles au CPF ;
- Chorus Pro, pour la facturation aux acheteurs publics ;
- DEFI et ATEXO, pour la gestion de certaines actions conventionnées ;
- Marchés Sécurisés et e-Marchés Publics, pour consulter et répondre à des appels d’offres ;
- SOLTéA, pour les CFA habilités pouvant percevoir le solde de la taxe d’apprentissage.
Leur maîtrise conditionne autant l’accès aux financements que le suivi administratif des actions financées.
Des pistes d’action à court, moyen et long terme
Les opportunités identifiées au cours de l’atelier peuvent être organisées selon trois temporalités.
À court terme
Les organismes peuvent approfondir les dispositifs proposés par AKTO, développer des projets d’apprentissage ou étudier les possibilités de POEI et d’AFPR avec France Travail.
Ils peuvent également renforcer leurs relations avec les entreprises afin de construire des formations correspondant à des besoins de recrutement clairement identifiés.
À moyen terme
La structuration d’offres éligibles au CPF, le développement de la validation des acquis de l’expérience, des bilans de compétences ou des dispositifs de reconversion peuvent constituer de nouveaux axes de développement.
Les organismes peuvent également explorer les possibilités de formation des agents territoriaux avec le CNFPT.
À long terme
Les projets soutenus par le FSE+, Erasmus+ ou les appels à projets nationaux nécessitent une préparation plus importante.
Ils supposent généralement une ingénierie renforcée, des partenariats durables, une veille régulière et une capacité à gérer des projets complexes.
Cinq enseignements à retenir
À l’issue de l’atelier, cinq grandes orientations se dégagent :
- Diversifier progressivement les sources de financement.
- Identifier précisément les publics bénéficiaires.
- Consolider les partenariats avec les entreprises et les institutions.
- Maîtriser les outils numériques indispensables.
- Organiser une veille régulière sur les dispositifs et les appels à projets.
La diversification ne doit pas être envisagée comme une multiplication immédiate des démarches. Chaque organisme est plutôt invité à sélectionner une première opportunité réaliste, à identifier l’interlocuteur compétent et à programmer une action concrète.
Construire ensemble un écosystème plus performant
Les dispositifs, les outils et les possibilités de financement existent. L’enjeu est désormais de mieux les connaître, de les rendre plus accessibles et de renforcer les compétences nécessaires pour les mobiliser.
À travers ses actions de professionnalisation, le GIP CARIF OREF Mayotte poursuit son engagement aux côtés des organismes de formation afin de favoriser la qualité, l’innovation et le développement de l’offre de formation sur le territoire.
